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LA SERFOUETTE, UN OUTIL "FLAMAND"? Johan David in Le Jardin, lectures et relations, Brussel 1977, 79-83 Voir aussi ID-DOC, "klauwkrabbertje", ID-DOC, "klauwkrabber". ![]() "Pour être bon agronome, il faut que la jeunesse rurale aille s'instruire dans la ci-devant Flandre, c'est là qu'on trouve les premiers cultivateurs de l'Europe" (1). Cette phrase étonnera à peine. En effet, l'agriculture flamande était au dix-huitième et au dix-neuvième siècles considérée comme l'agriculture de pointe. A cause de "cette supériorité dans la science agricole, que l'on reconnaît aux Flamands dans toute l'Europe" (2), des spécialistes sont venus d'Angleterre, d'Allemagne et de France pour étudier nos méthodes et nos outils. Certains ont consigné leurs observations dans un livre ou un article (3). Grâce à ces études, nous possédons une documentation plus ou moins précise sur un certain nombre de machines et d'outils utilisés par nos ancêtres. De plus, nous pouvons, dans une certaine mesure du moins, déterminer quel était l'outillage propre à nos régions. En effet, le spécialiste étranger ne décrit pas ou ne produit pas de dessins d'objets que ses lecteurs sont supposés bien connaître. C'est à l'un de ces outils qu'est consacrée la présente note. Elle est le résultat d'une première recherche, rapide en raison d'un trop court délai avant l'impression. Nos voisins ont été frappés par le caractère soigné de notre agriculture. Il s'agissait en fait, on l'a dit plus d'une fois, de jardinage plus que d'agriculture. Le travail manuel, sans avoir l'importance que lui accordent certains, y jouait cependant un rôle non négligeable. A côté de la préparation du sol, qui se faisait en tout ou en partie à la bêche (4), et bien sûr de la récolte, c'était surtout l'entretien des cultures qui exigeait une main-d'oeuvre abondante. Il se faisait généralement au moyen du petit sarcloir, de la griffe ou d'un outil composé: la serfouette à manche court. Ces outils étaient en outre "particulièrement en usage chez les jardiniers pour hausser ou donner un léger labour à l'entour de la plante" (5). Le petit sarcloir (néerl. krabbertje) est constitué par une plaque de fer plus ou moins semi-circulaire, large de 4 à 10 centimètres, sur laquelle est forgée une soie ou une douille, qui permet de fixer un manche de 15 à 20 centimètres de long. Cet outil n'est pas lancé contre le sol (percussion) mais posé et tiré (pression). Par conséquent, le fer n'est pas perpendiculaire au manche, mais incliné à plus au moins 60 degrés. La griffe (néerl. klauw) se compose d'une partie travaillante à deux ou trois dents recourbées à peu près à 90 degrés, fixée par une douille ou une soie sur un manche de 25-30 centimètres de long. L'outil est également tiré. Il a sur le petit sarcloir l'avantage de ne pas couper les racines des mauvaises herbes vivaces mais de les arracher. ![]() La serfouette (néerl. klauwkrabbertje) quant à celle, groupe les deux outils précédents. Elle a un fer assez semblable à celui du petit sarcloir, quoique généralement plus large et incliné à un peu moins de 90 degrés sur le manche. Il s'agit d'un outil à percussion. Du côté opposé à la plaque sont forgées deux ou trois dents d'environ 6 à 7 centimètres, elles aussi presque perpendiculaires au manche, long d'environ 40 centimètres. Il est à noter que la serfouette, comme le sarcloir, peut être montée sur un long manche tout en gardant plus ou moins la même forme et les mêmes dimensions (6). La longueur du manche était la caractéristique de ces outils. Les agriculteurs (hommes, femmes et enfants) et les jardiniers travaillaient à genoux ou courbés - position inconfortable pour qui n'y est pas habitué. C'est pourquoi "l'on se heurtera au début à quelque opposition de la part des ouvriers" si l'on veut introduire cet outillage à manche court dans une région où il n'est pas connu", signale J.N. Schwarz. Mais, considérant son efficacité, l'auteur ajoute qu'il ne faut pas mettre à ce travail les hommes raidis par l'âge et les femmes enceintes" (7). Grâce à cette position, les ouvriers se trouvaient plus près du sol, voyaient mieux ce qu'ils faisaient et pouvaient diriger plus sûrement leur outil. De plus, la main libre pouvait écarter les feuilles et les tiges pour sarcler tout autour de chaque plante (8). La surface nettoyée en un jour variait évidemment selon la culture, selon qu'il s'agissait de semaille à la volée ou en lignes, etc. Brunet (9) parle de cinq ares en dix heures, Bouche (10) de six ares soixante centiares dans un champs de betteraves ou de chicorées. Ces auteurs ne précisent cependant pas quel outil était utilisé et le premier ne parle même pas du genre de culture. Or ces données interviennent grandement dans l'évaluation du rendement. Barral signale par exemple que "les ouvriers braquent dans les blés en lignes en travaillant debout avec l'instrument convenable (= sarcloir à long manche), six mesures de 44 ares dans le même temps qui leur est nécessaire, dans des champs de blé ensemencés à la volée, pour braquer trois mesures avec la petite braquette à main (= sarcloir à manche court) qui seule peut alors être employée et dont on se sert en étant accroupi ou courbé" (11). Travail lent donc, mais précis et efficace. ![]() Petit sarcloir, griffe et serfouette à manche court on été décrits par nombre d'auteurs spécialisés (12). Le dernier outil, que les jardiniers amateurs et professionnels reconnaîtront sans peine (il est vendu dans toutes les quincailleries et même dans les super-marchés), attira toutefois plus particulièrement l'attention de nos voisins au dix-neuvième siècle. Le fait que des Radcliff (13), des Cordier (14), des Lincke (15) donnent un dessin, voire une description précise avec dimensions et prix (16), semble indiquer qu'il s'agissait à leurs yeux d'un outil efficace mais qui ne leur était pas familier. Un commentaire du livre de Poiteau, paru en 1827 dans le Gardener's Magazine (17), ainsi qu'un paragraphe de l'étude de A. Voelcker et H.M. Jenkins (18) confirment ceci. Dans son ouvrage, Poiteau précise que la serfouette à manche court était "fort en usage en Belgique dans les cultures délicates où les plantes sont très rapprochées les unes des autres, et pour biner la terre des caisses et des pots" (19). Certains traités parlent de "sarcloir belge" (20) ou de "serfouette belge" (21). Nous pouvons dès lors nous demander si la serfouette à manche court n'était pas, au début du dix-neuvième siècle, propre à nos régions, ce qui n'impliquerait pas qu'elle était totalement inconnue ailleurs. Si cette hypothèse se vérifie (il faudra toutefois des données supplémentaires) deux conclusions d'ordre plus général peuvent se dégager de l'étude du cas qui nous occupe. Voilà une sorte d'outil dont nous savons avec certitude que le type à manche long existe au moins depuis les Romains (22), est répandu dans plusieurs pays d'Europe (23) et aussi en Belgique. Le type à manche court, par contre, n'aurait été utilisé que dans nos régions. Il semblerait pourtant "logique" que là où la serfouette à long manche était connue, celle à manche court l'ait été aussi. Cela nous montre une fois de plus qu'un raisonnement théorique est toujours dangereux dans l'étude des techniques. Le fait qu'un outil, une machine ou un procédé soit techniquement possible ne signifie pas qu'il ait été utilisé ou appliqué. Entre les deux il n'y a qu'un pas, mais plus d'une fois celui-ci n'a pas été franchi. ![]() Second élément à souligner: l'importance trop souvent négligée du manche d'un outil. L'outil forme un ensemble. Partie travaillante et manche sont un tout indissoluble, où chaque dimension a son importance. Lorsque nous se possédons plus que le fer de l'outil - c'est le cas pour la plupart des trouvailles archéologiques, mais malheureusement aussi pour beaucoup d'outils plus récents conservés dans nos musées (24) - les conclusions que nous tirons doivent par conséquent être prudentes.
1) MONDEZ: 19 OUVRAGES CITES
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