Grand-Place, Musson, Belgium

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maandag 30 november 2009 - 18:39 (UTC+01:00)

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Musson n'a pas conservé de vestiges de son passé. cependant le vieux four banal à existé jusqu'en 1923. C'était une grande construction massive et basse de 25 mètres sus 15 mètres environ dont le toit de tuiles percé de deux lucarnes était surmonté d'une énorme cheminée carrée lâchant ses volutes d'épaisse fumée les jours de cuisson. L'intérieur du bâtiment était imposant; le four dont la sole avait bien six mètres de diamètres en occupait à peu près le tiers. La commune confiait l'entreprise du four banal par adjudication à un fermier qui allait devenir, pour la période du bail, le fournier du village, ''el fourni''. Le renouvellement de bail était annoncé par voie d'affiche et chacun pouvait soumissionner. Le montant de l'adjudication était versé à la caisse du bureau de bienfaisance. J'ai retrouvé le contrat, daté de 1813, par lequel mon bisaïeul maternel, Jean-François Huriet, était devenu fournier à bail. Comment se procurait-on le bois nécaissaire au chauffage d'un four de telles proportions? Il était fourni par les habitants qui, lors de l'abatage de leur coupe de bois, devaient laisser sur place tous les branchages n'atteignant pas cinq centimètres de diamètres. Certains dimanches matin, on pouvait voir se diriger vers la forêt des équipes de journaliers qui s'en allaient fagoter les "fachines" (fascines). Les cultivateurs se chargeaient du voiturage. Alors, on pouvait voir s'entasser en énormes pyramides aux abords du four, tous ces fagots que le feu allait dévorer. Toutes ces opérations étaient bénévoles. Chacun faisait sa "crawaïe" (corvée). C'était une ancienne coutume. Je me rapelle encore le nom des derniers fourniers pour les avoir connus en activité: 1) Woillard Joseph, 2) Seyvert François, 3) Gérard Arsène, 4) Poncelet Léon, 5) Ferreysen Joseph. Venons en maintenant à énumérer les nombreux services que le four banal était appelé à rendre. Il a rempli sa tâche de cuir du pain jusqu'à la guerre de 1914. La première boulangerie commerciale n'est apparue que vers 1890. Le boulanger se nomait Alfred Olivier et son père était le seul commerçant du village. Pour l'organisation de son travail, le fournier muni de sa palette peinte en noir sur laquelle étaient tracés de chaque côté, deux lignes blanches horizontales, parcourait les rues du village la veille de la cuisson. A l'entrée de chaque habitation, il criait: "Vès keujèy d'mîè" (Vous cuisez demain?). Sur une réponse affirmative, il demandait: "A laquèle, à la premîre?" (A quelle fournée, à la première?). Sa tournée terminée, il lui était alors possible d'établir son programme pour le lendemain. lorsque le four était chauffé à point, il sortait muni de sa trompe d'où il tirait un son lugubre et puissant. Dès qu son appel avait été lancé dans toutes des directions, on voyait arriver de tous côtés, hotes et brouettes chargées d'énormes corbeilles remplies de pâte. Pour s'acquitter du prix de la cuisson, chaque ménagère remettait au lieu d'argent, à la femmedu censier, un petit "corbillon" de pâte. Etait-ce encore une survivance de la banalité moyenageuse? Peut-être! Toutes ces petites mottes rassemblées et pétries à nouveau devenaient d'énormes miches croustillantes mesurant bien 70 centimètres de diamètre. Mais le jour de la cuisson, nos mamans n'auraient jamais manqué de réserver un peu de pâte destinée à devenir la galette aux crétons. C'est dans cette pâte étendue sur une plaque que les lardons étaient piqués. ensuit, le tout était recouvert d'un grand bol de crême fraîche. Cette tarte cuite à point et bien dorée, n'était autre que la fameuse quiche lorraine de nos proches voisins français. Mais c'est surtout aux jours précédant la fête que le four voyait la plus grande animation. en a-t-il vu entrer dans son antre, des rombottes (Motte de pâte englobant une pomme), des tout-à-bras (gros gâteau percé d'un trou au centre aµu l'on pouvait passer le bras), des galettes variées et surtout le traditionnel pâté de viande. Ce pâté était réservé pour le souper des "ambardes" (aubades). C'était une tradition qui marquait la prélude à la fête. En dehors de la cuisson du pain, on réservait bien d'autres utilisations à notre grand four. La première c'était à la saison des fruits. Le lendemain d'une cuisson, on étalait sur de grandes claies, les plus belles quetsches qui, après dessication, devenaient de succulents pruneaux. Ou bien, c'était des poires qu'une fois séchées donnaient les "tchitches" (poires séchées) avec lesquelles on obtenait une pâte brune d'un goût agréable dénommé "el broua". Un autre rôle était encore réservé à notre grand four quand, vers 1890, la culture du chanvre était toujours en honneur dans toute la Gaume. Après le rouissage, il était acheminé en bottes et le lendemain de la cuisson étalé sous la voûte du four pour y terminer son séchage. ensuite, nos ménagères procédaient au broyage du chanvre au moyen de leur "broïeu" (broie). Cette opération avait pour but, en broyant le chanvre, d'écailler les "ariettes" (ecorce-chénevotte) pour ne conserver que les fibres. Ces fibre étaient transformées en fil par nos mamans au moyen de leur "touret" (rouet). Avec ce fil, le "técherand" (tisserand) tissait de longues bandes de toile appelées "panaïes". Cette toile était d'une résistance telle qu'elle pouvait braver le cours du temps. A Musson, avant 1900, j'ai encore connu cinq tisserands en activité. C'étaient: Yans Henri Joseph dit: El Pétchio, Michel Jacques dit: El Djacques la merte, Eugène Ravet dit: l'Ugène don Loup, Jean-Pierre Qteinbach dit: El Tchapli et Jean-Nicolas Andrin dit: El Colas don Tchiaule. Il arrivait parfois que notre grand four servait de relais hospitalier. C'était à la mauvaise saison lorsque quelque trimardeur démuni d'argent se présentait chez le bourgmestre. Ce dernier accompagnait le visiteur jusqu'au grand four sans oublier de lui remettre le quignon de pain traditionnel. Sans doute, notre voyageur se sentait tout heureux d'être hébergé gratuitement dans un endroit bine chauffé et à l'abri du mauvais temps. Au bout de peu de temps, alors qu'il se croyait seul occupant des lieuxx, les crissements répétées de milliers de "tchandriés" (grillons de foyer) lui apprenaient qu'il avait pour la nuit une bine nombreuse compagnie. Cependant, une fois par an, notre grand four était transformé en salle de restaurant. C'était le premier décembre, jour de la fête de saint Eloi. Après avoir assisté au service religieux en l'honneur de leur saint patron, cultivateurs, maréchaux et charrons se rassemblaient au grand four. Là, dans la vaste salle, était servi un repas plantureux dont le morceau de choix consistait surtout en belles tranches de jambon gaumais. et tout l'après-midi, on se régalait, on buvait et on chantait. Pour terminer ces joyeuses agapes, il était de tradition d'offrir à chaque nouveau membre, un fouet tout neuf. C'était la consécration de son admission au sein de la corporation. (Auguste Rossignon) (uit: Aux pays gaumais. La terre et les hommes. Revue régionale, 26 (1965) 1-2-3-4, p.162-165)

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